32  Une nouvelle phase publique de l’enquête

32.1 Appel à témoignages

Le 17 septembre 2024, Marie-Louise est morte.

À l’occasion du deuxième anniversaire de sa mort, cette édition de Suicide Corse rend publique une enquête qui reste ouverte : sur les circonstances de sa mort, sur son parcours, et sur les enseignements que nous pouvons collectivement en tirer.

Cette publication est donc aussi un appel à témoignages.

Suicide Corse est un objet éditorial hybride : à la fois un livre et un magazine d’enquête évolutif. Produit par ordinateur à partir de projections du Corpus, il publie aussi un journal d’enquête qui rend visibles les changements intervenus depuis l’édition précédente. Cette méthode ne transforme ni une projection en fait, ni une hypothèse en conclusion.

Je souhaite recueillir les témoignages de toutes celles et ceux qui, de près ou de loin, ont connu Marie-Louise, l’ont rencontrée, ont échangé avec elle, ont travaillé, étudié, créé, milité ou vécu à ses côtés — mais également de celles et ceux qui détiennent simplement une information, un document, une photographie, un message, un souvenir ou une observation susceptible d’éclairer une partie de son parcours.

Il n’existe pas de « petit » témoignage. Une information apparemment insignifiante peut prendre son sens lorsqu’elle est rapprochée de nombreuses autres.

32.2 Pourquoi maintenant ?

Après le choc de sa mort, puis le stress et les difficultés rencontrées pour parvenir simplement à lui organiser des obsèques dignes, j’ai commencé une enquête personnelle, parallèle à celle menée par la gendarmerie.

J’ai rapidement rencontré une accumulation d’obstacles administratifs, juridiques, institutionnels et informationnels. Le recours aux services d’un juriste n’a pas suffi à les franchir.

Une période d’abattement a suivi.

Puis j’ai repris autrement.

Informaticien de formation, j’ai entrepris des travaux autour de l’intelligence artificielle, de la mémoire numérique et de la construction de jumeaux numériques : non pas de simples archives, mais des représentations documentées, évolutives, interrogeables et corrigibles de personnes, d’organisations ou de territoires.

Ces travaux ont progressivement changé l’échelle de ce qu’il m’était possible d’explorer.

Suicide Corse repose désormais sur la construction de deux jumeaux numériques complémentaires : celui de Marie-Louise et celui de la Corse.

Le premier vise à restituer aussi fidèlement que possible une personne : son parcours, son œuvre, ses relations, ses difficultés, ses choix, ses capacités et ce qui lui est arrivé.

Le second vise à comprendre le territoire dans lequel cette vie s’est déroulée : ses institutions, ses dispositifs d’aide, ses solidarités, ses contraintes, ses mécanismes d’empêchement éventuels et ses capacités encore disponibles.

Il ne s’agit donc pas seulement de demander :

Pourquoi Marie-Louise est-elle morte ?

Il s’agit aussi de chercher :

Que pouvons-nous comprendre de ce qui lui est arrivé, et que pouvons-nous transformer pour rendre d’autres trajectoires possibles ?

L’enjeu est de déterminer, aussi exactement que les traces le permettront, ce qui aurait peut-être permis d’éviter cette issue tragique, afin de prévenir des situations comparables et que Marie-Louise ne soit pas morte pour rien. Ce but collectif n’autorise ni accusation sans preuve ni tribunal rétrospectif : les faits établis, les sources, les hypothèses et les interprétations doivent rester distingués.

32.3 De la Machine à Empêcher à la Machine à Explorer

Au cours de ce travail, j’ai progressivement identifié ce que ce Corpus appelle une Machine à Empêcher.

Le terme ne désigne ni un complot, ni une organisation secrète, ni nécessairement des personnes mal intentionnées. Une Machine à Empêcher peut résulter de l’interaction distribuée de règles, procédures, décisions, silences, délais, erreurs, cloisonnements et renvois de responsabilité qui, pris séparément, paraissent parfois mineurs ou même localement défendables, mais dont l’accumulation finit par diminuer des capacités effectives.

Pour comprendre une telle machine, il faut retrouver les traces, les rapprocher, formuler des hypothèses, chercher ce qui pourrait les réfuter, corriger les erreurs et recommencer.

C’est précisément le rôle de la Machine à Explorer progressivement mise en place.

Son but n’est pas seulement de comprendre ce qui empêche. Il est de permettre la construction de Machines à Rendre Capable : des outils, méthodes et organisations augmentant réellement la capacité d’une personne ou d’une collectivité à comprendre sa situation, à agir et à préserver ses possibles.

L’enquête sur Marie-Louise constitue désormais l’un des Reality Cases centraux de cette démarche.

32.4 Ce que je recherche

Je recherche toute trace susceptible de contribuer à cette enquête : témoignages directs ou indirects, souvenirs, correspondances, photographies, œuvres, publications, démarches administratives connues, épisodes de vie, rencontres, difficultés rencontrées, aides reçues ou recherchées, projets, engagements, déplacements, lieux fréquentés ou personnes rencontrées.

Vous pouvez avoir connu Marie-Louise pendant dix ans ou dix minutes.

Vous pouvez aussi ne l’avoir jamais rencontrée personnellement mais disposer d’une information concernant un événement, une institution, une procédure ou un contexte ayant compté dans son parcours.

Dans le doute, transmettez.

32.5 Ce qu’une contribution devient — et ne devient pas

Une contribution n’est pas automatiquement tenue pour un fait établi.

Elle entre dans l’enquête avec sa provenance et son statut : trace, voix directe, témoignage tiers, interprétation, hypothèse ou inconnu. Elle peut confirmer une piste, la contredire, ouvrir une bifurcation ou simplement signaler qu’une question reste ouverte.

La réception d’une contribution, sa conservation, son utilisation dans l’enquête et sa publication sont quatre opérations distinctes.

Transmettre une information n’emporte donc pas automatiquement consentement à sa publication. Une contribution peut être examinée sans être rendue publique. Toute éventuelle publication doit être décidée séparément, avec le régime de confidentialité approprié.

Ce canal n’est ni un service d’urgence, ni une permanence juridique, et ne garantit pas une réponse immédiate ou une publication. En cas de danger immédiat pour vous-même ou pour autrui, contactez sans attendre les secours ou un service d’urgence compétent.

Cette séparation est essentielle : l’objectif n’est pas d’accumuler des récits publics, mais de produire une connaissance plus exacte.

32.6 Comment contribuer

Adresse de contact : institutmariani@gmail.com.

Vous pouvez écrire à cette adresse, en indiquant simplement ce que vous savez, sans avoir besoin de rédiger un témoignage complet ou structuré. Une date approximative, un lieu, un prénom ou une pièce jointe suffisent pour ouvrir une piste. Précisez si vous acceptez que votre contribution soit un jour citée publiquement, même partiellement ou de façon anonymisée ; à défaut, elle sera traitée comme confidentielle par défaut.

32.7 Un travail de mémoire et de recherche

Ce travail est conduit dans le cadre de l’Institut Mariani, organe de recherche et développement de l’association C.O.R.S.I.C.A., dont je suis le président fondateur.

L’Institut accueille plusieurs projets liés entre eux : recherche sur les jumeaux numériques, outils d’intelligence collective, préservation des mémoires et des œuvres, autonomie individuelle et collective, ainsi que le Musée Mariani des Possibles.

Deux futurs fonds de dotation prolongent cette démarche.

Les Amis de Malou aura vocation à faire vivre la mémoire de Marie-Louise, à préserver et transmettre son œuvre et à contribuer à la prévention du suicide.

Le fonds Barons Mariani aura notamment vocation à transmettre ce qui a été possible dans le passé afin d’aider à explorer ce qui pourrait redevenir possible demain sous des formes nouvelles.

Suicide Corse se situe au croisement de ces démarches : conserver une mémoire, comprendre une trajectoire, produire de la connaissance et transformer cette connaissance en capacité d’agir.

32.8 Votre témoignage peut compter

Si vous disposez d’une information concernant Marie-Louise ou son environnement, même de quelques mots, transmettez-la.

Un souvenir imprécis peut être utile s’il est présenté comme tel. Une date, un nom, un lieu, une photographie ou quelques mots peuvent suffire à ouvrir une piste.

Aucune contribution sincère ne sera considérée comme négligeable.

La première exigence de cette enquête est de ne pas savoir à l’avance ce qu’elle doit découvrir.

Elle cherchera les faits avant les conclusions.

Et ce que le Réel répondra à cet appel pourra corriger cette édition elle-même, puis les suivantes.

D’avance, merci pour vos contributions, grandes et petites.

Pour Marie-Louise,

son père,

Jean Hugues Noël Robert
baron Mariani